Flashback #1 – La découverte (avril 2006)

26 février 2010 at 21:20 (Flashback)

Au mois d’avril 2006, alors que mes ambitions de réalisateur se heurtent à la bulle des commissions d’attributions d’aides, cette étape où l’on passe si près du premier tour de manivelle qu’on a du mal à s’en remettre, j’emménage dans mon nouvel appartement, sortant enfin de mon 9m2 pour m’installer avec ma copine. Les cartons pas encore ouverts, je commence une nouvelle vie, une vie à deux, que j’appréhende avec délice depuis quelques mois. Le lit n’étant pas encore là, j’y habite tout seul. Le seul objet déballé, c’est mon ordinateur, un petit eMac que j’avais acheté trois ans plus tôt pour faire du montage. J’avais également sorti la télé, que j’allume machinalement pour tromper l’ennui. A ma grande surprise, je découvre que nous sommes reliés au câble. Bonne surprise, notre immeuble nous offre une dizaine de chaînes supplémentaires.

En zappant, affalé dans mon canapé de fortune, je tombe par hasard sur une émission curieuse sur Eurosport. On nous montre des gens qui jouent aux cartes. Deux cartes s’affichent à l’écran, des pourcentages, des logos de sites… Les joueurs portent des lunettes de soleil, n’ont pas l’air de crever de faim et s’échangent des fortunes. Le programme s’appelle EUROPEAN POKER TOUR. Je découvre bouche bée ce spectacle surprenant. Je connais ce jeu. Brelan, Quinte, Full, on dirait du Poker mais avec des règles différentes. Les joueurs de poker sont donc devenus des sportifs ? Je vérifie, je suis bien sur EUROSPORT. En écoutant les commentaires, je me rend compte assez vite que je suis passé à côté de ce jeu qui commence à émerger en France, assez pour qu’on tourne des émissions de télé.

Souhaitant combler mon retard et l’ordinateur n’étant pas très loin, je tape « Poker » sur Google et tombe vite sur le site de Yahoo « Jeux » où on propose de jouer en ligne. Je ne suis pas réellement un adepte du jeu en ligne. A vrai dire, j’ai jamais joué en ligne contre quelqu’un malgré le fait que je sois déjà un joueur invétéré. Quoiqu’il en soit, je crée mon compte Yahoo et me voilà assis à une table virtuelle à miser contre d’autres joueurs. Curieusement, la partie ne semble pas la même qu’à la télévision. On ressentait une sorte d’adrénaline dans les « All-ins » des joueurs, mais là, rien de tel. On trouve bien un bouton relancer, mais seulement pour doubler la mise précédente. Je joue quelques minutes pendant lesquelles je trouve le jeu ennuyeux. Cette variante du Poker, jouée en limite fixe, ne semble pas induire beaucoup d’action. Mais je retrouve des automatismes de joueur.

Car, dans ma jeunesse, j’ai été joueur de Poker. Enfin, le temps d’un voyage scolaire en Allemagne où les allemands m’ont appris que ce jeu n’existait pas sans argent. On misait alors des Pfennings (les centimes allemands) et jouait au Poker fermé à cinq cartes. J’avais sans doute un don pour les cartes, étant déjà féru de belote et de tarot, et je suis revenu de ce voyage scolaire avec plus d’argent qu’à l’aller, à la grande surprise de mes parents à qui je ramenais des cadeaux du pays. Je n’ai pas trop évoqué la raison de cet enrichissement soudain. Sans doute ont-ils pensé que j’avais volé la tirelire des parents de mon correspondant. Dans ma famille, on n’est pas forcément très joueur. Le jeu est toujours associé au danger, on m’a d’ailleurs bien mis en garde à ce moment-là, avec l’évocation terrorisante du film « Et au milieu coule une rivière », où Brad Pitt se fait assassiner à cause d’une dette de jeu. Après tout, tant pis, je ne suis pas dans un tripot de la Nouvelle-Orléans, je suis à Montreuil, bien au chaud derrière mon ordinateur, et je découvre pour la première fois le plaisir du Poker Online.

En cherchant un peu plus, je découvre que certains sites sont totalement dédiés au Poker et je décide de m’y inscrire. Ce sera Pokerroom, le seul qui fonctionne sur Mac. Je découvre avec surprise le nombre de joueurs connectés, tous ces gens qui jouent simultanément à un jeu dont je ne soupçonnais même pas l’existence quelques heures plus tôt. Je crée donc un compte, où l’on m’assure que je jouerais de toutes façons sans argent. Ma carte bancaire bien au chaud, je sais que je ne risque rien, seulement d’aimer follement ça. Il suffit de trouver un pseudo et je pourrais ouvrir une table pour jouer mes 1000 dollars d’argent fictif, de « play money ». J’en choisis un. Ce sera « Invisibleue », du nom de mon dernier court-métrage. Pas un pseudo qui fait frémir d’avance, mais bon, pas le temps de chercher le nom idéal, je veux jouer !!

Même si je ne suis pas instantanément attiré par les tables de Real Money, je les remarque très vite, ne serait-ce que pour ne pas me tromper de table. J’arrive à une table 5/10 No Limit Hold’em où je mets mes 1000$ fictifs. J’ai la position du gros au cigare sur la table, un vague air de famille avec Tony Soprano, dont je suis les aventures depuis quelques années déjà. La table n’est pas spécialement classe mais elle donne envie de jouer. Mes adversaires, puisqu’il s’agit bien de cela, sont représentés par des avatars tous plus ridicules les uns que les autres. Une grand-mère qui tient fermement son sac à main plein de billes, le jeune qui porte son sweat-shirt à capuche (tiens, lui je l’ai vu sur Eurosport !), la blonde bien foutue qui use de son charme pour gagner.

Je reçois mes premières cartes. J’appréhende un peu, j’ai mal au ventre comme s’il s’agissait d’une partie risquée. J’ai le stress qui monte, presque déjà besoin de ma drogue quotidienne, le Spasfon. . En fait, je n’ai rien lu sur le jeu. Je me dis, ça doit pas être si mal, après tout. Bien sûr, ça doit être mieux de posséder une paire en main, mais je sais que la suite et la couleur rapportent beaucoup. Je clique sur call, puisque l’on me précise que je mets la mise qu’on demande, à savoir 10$. La plupart des autres joueurs paient aussi la mise, mais deux d’entre eux déclinent l’invitation. Naïvement, je me  demande pourquoi. « Ils sont bêtes, pourquoi ils ne payent pas les 10$ qu’on leur demande. Après tout, on a que deux cartes pour l’instant, on en aura 7 au final » trois cartes apparaissent au milieu de la table. . J’espérais voir apparaître des clones de mes cartes, on peut dire que c’était raté mais je remarquais vite qu’une dame me permettrait d’obtenir une suite. Un joueur checke, le suivant mise 200 et un autre joueur relance à tapis. C’est à moi de jouer. De décider. Pas vraiment le temps d’analyser, la barre de temps défile, je n’ai que 20 secondes de réflexion. Après tout, c’est de l’argent virtuel. Si je perds, je devrais pouvoir recommencer. Et puis, si la dame vient, je suis sûr de gagner. Je décide de tenter le tout pour le tout et je paye. On est quatre à tapis. La arrive sur la cinquième carte, je pousse un petit  cri de joie avant de découvrir que les jetons se dirigent vers la belle blonde. Elle possédait et a donc fait une suite meilleure que moi. Bon, je suis un peu nul, j’avoue.

Je ne sais même pas si j’ai le droit de reprendre de l’argent fictif. Je pense que oui, tout de même. Ce serait un peu dommage, sinon. Je constate qu’on peut recharger son argent une nouvelle fois, mais désormais, je suis fermement décidé à ne plus perdre. J’ai toujours été un gagneur. J’aimais répéter à mes grands-parents que certes je suis mauvais perdant mais bon gagnant. Je prends place à nouveau sur une table de cash game en argent fictif, mais cette fois décidé à gagner. En même temps, je n’ai aucune méthode. Je me dis seulement que je dois estimer mes chances de victoire en découvrant les trois cartes au milieu. Lorsque je me suis retrouvé all-in, j’ai vu que les pourcentages de victoire s’étaient affichés. Je ne connais rien de ces pourcentages, mais ils m’ont clairement indiqué que je n’étais pas favori pour gagner le coup. Désormais, je vais essayer de mettre mon argent en étant le favori.

J’arrive à la table, maintenant, je suis un black. J’observe un peu les autres joueurs, je découvre le bouton Fold, lorsque j’estime que mes cartes sont pas terribles. Après tout, faut quand même mettre beaucoup de jetons pour suivre certaines relances. Je cherche des cartes au-dessus du 10 et des paires. Ca me réussit plutôt mieux. En deux ou trois coups, je passe à 4500. Je me sens tout puissant. Après tout, je viens de transformer 1000$ en 4500. C’est fictif, et alors ? Je joue encore quelques minutes, ce jeu commence à me plaire, je m’amuse à deviner ce que les autres peuvent avoir. Cette variante du poker que je découvre me semble éminemment plus passionnante que le poker de papa auquel je jouais étant jeune.

Par le petite fenêtre du chat, j’exerce mon anglais pour découvrir si les autres joueurs ont déjà joué de l’argent. Après tout, l’image que tout le monde a du poker est que c’est un jeu d’argent. Globalement, je n’y ai même jamais joué sans argent. Mais alors, qu’est-ce que je fais alors là à miser, relancer, faire tapis, si aucun euro n’est en jeu ? Comment peut-on s’amuser sans réels enjeux ? Je suis conscient des risques. Après tout, on n’a jamais cessé de me mettre en garde, mais les sites de jeu en ligne sont forts pour vous inciter à faire votre premier dépôt. Je me tâte environ une minute trente avant de sortir ma carte bancaire et de déposer sur le site. C’était très simple de déposer. je me doutais que ça devait être plus compliqué dans l’autre sens. Mais pour l’instant, je voulais juste jouer de l’argent. En perdre, en gagner, c’était une autre histoire, qui commençait à peine, mais j’étais bien décidé à partir au combat !

3 commentaires

  1. cremolol said,

    Nous on veut savoir la suite. Le roman d’apprentissage d’un joueur pro du web, ça commence à son premier gros coup, son premier bad beat, son premier doublement de BR… vivement l’épisode 2.

  2. petit poisson chat said,

    yeah…
    passionnant.
    j’ai adoré découvrir tout ça.
    très bon post

  3. vickpocket said,

    La suite arrive bientôt. D’abord le CR de Moissy. Long à écrire, j’ai noté beaucoup de coups !

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